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mercredi 7 novembre 2012

La Porte des Mondes


4ème de couv' : La Porte des mondes est un roman initiatique qui plaira aux adolescents. L'événement fondateur - le point de rupture avec l'histoire telle que nous la connaissons - est loin d'être anecdotique. Si le monde de 1980 imaginé par Silverberg est si différent du nôtre, c'est que la peste noire a tellement dépeuplé l'Europe que l'Empire aztèque domine les Amériques tandis que l'Empire turc règne sur le vieux continent. La Porte des mondes ne brosse cependant pas un monde idéal, où règne l'harmonie : la lutte pour la domination fait aussi rage et le jeune héros devra choisir entre le pouvoir et l'amour.

Mon avis : Je ne sais pas qui est l'illustrateur mal embouché, ou l'éditeur pas réveillé qui a choisi cette image pour illustrer La Porte des Mondes, mais je pense sincèrement qu'il ne l'a pas lu ! Rien à voir avec des créatures d'un autre monde, rien à voir avec la Science Fiction : nous sommes dans une uchronie légère et distrayante : la grande peste noire a décimé l'Europe, l'affaiblissant au profit des Aztèques, des Incas, des Turcs et des Russes qui sont les nations dominantes du monde de Dan Beauchamp, le personnage, jeune anglais fougueux en quête de gloire et de reconnaissance... Il quitte son Angleterre natale pour les Héspérides, ainsi qu'on nomme les Amériques dans cet univers décalé, cherchant l'aventure, et avide de pouvoir ; il y fera des rencontres, s'interrogera sur le destin de chacun, nouera des amitiés qui vont l'entraîner de pays en pays, loin de chez lui... Un lecture divertissante, un court récit plein de rebondissements ; la découverte de cet univers "parallèle" au nôtre est agréable et facile, peut-être à peine trop, même. Je n'ai pas ressenti d'enthousiasme particulier, mais j'ai passé un bon moment de lecture.

mardi 18 septembre 2012

La Part de l'autre


4ème de couv' : Mais que se serait-il passé, qu'aurait-il donc pu advenir, si au contraire Hitler avait été reçu aux Beaux-Arts comme apprenti peintre méritant ? À partir de cette question, de cette infime infinie possibilité, bascule l'Histoire dans son entier. S'ouvrent le doute, l'espoir, l'incertitude. L'imaginaire surtout, en la matière de cet étonnant roman où, fidèle à ses habitudes, l'auteur parvient – sur une idée plutôt convenue – à filer une trame aussi haletante que vertigineuse. Alternées tour à tour, défilent en effet sous nos yeux deux vies que tout oppose, en fonction de causes initiales radicalement opposées. D'un côté le clochard, le caporal à la Croix de fer, le dirigeant du parti national-socialiste fan de l'opéra wagnérien Rienzi, le dictateur misanthrope dément dont le romancier développe une biographie dûment renseignée. De l'autre, Adolf H., jeune homme soigné par Freud pour ses troubles sexuels (une belle rencontre, sur laquelle plane en clin d'œil le fantôme de la célèbre pièce de Schmitt : Le Visiteur !), peintre de l'école surréaliste du légendaire Montparnasse parisien, ardent défenseur du sionisme…

Mon avis : La lecture n'a pas été simple... même si j'ai aimé au final. Pour commencer, je m'attendais, habituée à Schmitt, à un format court... Et comme je lis sur liseuse, je ne me rends pas compte de l'épaisseur des livres en début de lecture. J'ai déjà été surprise par la longueur du roman. Ensuite, même si le principe est séduisant, j'ai trouvé le résultat parfois un peu poussif et décevant. En fait, ces deux hommes que tout oppose au final ne m'ont jamais semblé au départ être une seule et même personne... Ils sont trop différents : trop noir/blanc... L'un organise l'extermination des juifs, l'autre est sensible à la cause sioniste. L'un ne supporte pas les femmes, l'autre vit des relations profondes et indéfectibles. L'un adore la guerre, l'autre la hait... Trop manichéen et simpliste à mon goût. Je crois que j'aurais davantage accroché à quelque chose de plus nuancé... L'écriture aussi m'a parue moins élégante qu'à son habitude. A vrai dire, j'ai lu les deux histoires avec plaisir, mais sans enthousiasme, et je les aurais lues tout aussi bien séparées que mises en parallèle. Je crois d'ailleurs que j'ai préféré la partie sur Hitler : cette plongée dans l'âme du dictateur, ses obsessions, ses travers m'a parue vraiment intéressante. J'ai fini sans peine, et lu avec régularité, mais je ne me suis pas sentie embarquée par le roman...

mercredi 29 août 2012

Le Déchronologue


4ème de couverture : Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles, Leur arme: le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. Qu'espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l'impensable: un Léviathan de fer glissant dans l'orage, capable de cracher la foudre et d'abattre la mort! Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d'aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l'Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait: qu'importe de vaincre ou de sombrer, puisque l'important est de se battre!

Mon avis : Encore un livre que je n'aurais pas lu sans ma participation intensive à plusieurs challenges de Livraddict ou Babelio... et pourtant, quel livre ! Le foisonnement qui est le sien ne permet que d'en parler maladroitement : nous embarquons pour une authentique histoire de pirates, et petit à petit s'immisce la science-fiction, l'apparition de "maravillas" déconcertantes, et les perturbations temporelles qui ne prendront jamais le pas sur le récit de flibuste du départ. C'est bien une histoire de pirates, que nous lisons... Flibustiers des Caraïbes naissantes, loups de mer, tous hâbleurs, querelleurs, gens de mer durs à la tâche, la galerie de personnages est certainement le meilleur atout de ce roman haut en couleurs. Le Capitaine Villon, dont nous suivons les aventures, perdu dans les méandres d'une époque devenue folle et qu'il ne maîtrise plus est un pirate du XVIIe qui manie avec une égale dextérité le verbe, l'épée, et la barre de son bateau. C'est un flibustier revenu de tout, alcoolique, désabusé, grand observateur de son époque, et profondément humain dont nous suivons les errances, les doutes, et les envolées héroïques avec autant d'enthousiasme et une infinie tendresse pour cet être brisé. L'écriture est vraiment agréable, véritablement littéraire, jouant sans artifice avec les codes de l'époque décrite. Un régal de lecture après les nombreux romans pour adolescent lus cet été ! Beaucoup ont commenté la construction du roman pour l'encenser, ou au contraire s'en agacer. En effet, le roman est déconstruit, les chapitres sont distribués dans un ordre qui paraît aléatoire, mêlant les époques et les épisodes dans un joyeux fouillis qui semble en avoir décontenancé plus d'un. J'avoue que lorsque je lis, je ne me pose pas de questions. Si l'histoire m'embarque, et ce fut le cas de celle-ci, je me laisse volontiers porter, même en eaux tumultueuses. Bien sûr, ce n'est pas une lecture facile, trop facile... Il faut accepter de ne pas tout comprendre, de voir les réponses attendues retardées, et les débuts sont un peu laborieux... Mais si on accepte le principe, la construction n'est pas désagréable ; j'ai par exemple aimé rencontrer des personnages dans des situations de crise, et découvrir par la suite comment Villon les avait rencontrés et les circonstances dans laquelle ces amitiés parfois improbables avaient pu naître. J'ai aimé aussi trouver dans la succession des chapitres une forme de contrepoint : tel personnage subit ainsi deux ou trois éclairages différents en peu de pages, et gagne ainsi en densité. Je suis bien incapable de dire si ce livre aurait gagné à être lu dans l'ordre chronologique, comme certains l'ont dit, ou fait... Je suis bien incapable aussi de voir ce que l'on y perdrait ou gagnerait... Je sais juste que sous la forme qui est la sienne, voulue par l'auteur, c'est une lecture que je vous recommande avec enthousiasme !